Napoléon

Auteur : Ridley Scott, né en 1937, est un réalisateur et producteur britannique. Au début des années 60, il intègre la British Broadcasting Company (BBC) et devient réalisateur d’une série policière très populaire sur la télévision. En 1977 il effectue son passage au grand écran avec Les Duellistes qui obtient le Prix du Jury au Festival de Cannes. Le cinéaste enchaîne alors deux longs-métrages de science-fiction très vite élevés au rang de films culte, Alien, le huitième passager (1979) et Blade runner (1982). En 1991, il obtient un triomphe public et critique pour Thelma et Louise. Après quelques films mineurs il tourne en 2000 Gladiator, Oscar du Meilleur film et du Meilleur acteur pour Russel Crowe. Il a réalisé au total 117 œuvres cinématographiques. Napoléon est son 28ème long métrage. Il prépare pour 2024 Gladiator 2.

Interprètes : Joaquin Phoenix (Napoléon) ; Vanessa Kirby (Joséphine) ; Tahar Rahim (Barras) ; Rupert Everett (Wellington).

Résumé : Le film s’attache à montrer l’ascension puis la chute de l’Empereur Napoléon Bonaparte. Le film retrace sa conquête acharnée du pouvoir à travers le prisme de ses rapports passionnels et tourmentés avec Joséphine, le grand amour de sa vie.

Analyse : La critique, très sévère, a tiré à boulets rouges, si j’ose dire, sur le Napoléon de Ridley Scott.  Il ne mérite sans doute pas autant d’indignité. Certes, on peut s’étonner du rôle-titre confié à Joaquim Phoenix, qui de Bonaparte à Napoléon 1er Empereur des Français exilé à Sainte Hélène, garde le même visage. On peut être étonné d’entendre le même langage parlé dans les batailles entre français et anglais. On peut trouver que le peuple français est représenté d’une manière bien braillarde. On peut trouver bien des maladresses à ce film qui essaye d’égratigner la légende napoléonienne. Par exemple l’avertissement en fin de film fait état de plusieurs millions de morts dans les campagnes napoléoniennes ; les historiens s’accordent sur les chiffres suivants : entre 800000 et 1 million de morts. C’est déjà suffisamment excessif. On peut lui reprocher quelques libertés avec l’histoire de France (par exemple il n’a pas pu assister à la décapitation de Marie-Antoinette car il n’était pas à Paris à ce moment-là ; il ne s’est jamais engagé personnellement dans les batailles …). Toutefois sans vouloir le défendre absolument je trouve que ce film mérite d’être vu. D’abord par ses très belles scènes de batailles esthétiquement réussies et très bien montées, par sa mise en scène très soignée, sa lumière, la beauté de ses images. Ensuite pour l’homme lui-même. Je ne partage pas les critiques qui pensent que Napoléon est présenté comme un être frustre et vulgaire. Il n’a sans doute pas eu les manières d’une cour décadente mais il n’est pas présenté de manière particulièrement vulgaire. On voit surtout, au-delà du remarquable stratège militaire qu’il a été, l’homme amoureux, tourmenté par une femme qui semble le dominer, avec ses contradictions, ses faiblesses, ses failles, ce qui le rend très humain. Quant à montrer qu’il faisait mal l’amour, qui le sait ? Certes Ridley Scott en bon anglais qu’il est, préfère Wellington à Napoléon, on ne peut lui en vouloir. Je trouve personnellement que la légende n’est pas très écornée ; pas suffisamment oserais-je dire au grand dam de mes compatriotes ! Sa tyrannie, son peu de cas des vies humaines qu’il engageait pour sa gloire, son absence de fibre sociale (il savait haranguer le peuple mais se souciait peu de son état), ne sont pas mis en avant. Toutefois il manque à ce film (ce sera peut-être dans la version longue), toute la dimension politique du personnage, la plus intéressante. Il a eu le génie de l’organisation administrative de la France qu’il a modernisée. Il a créé les lycées, le baccalauréat, les universités. Il a doté la France d’une codification qui a rayonné dans toute l’Europe et au-delà, sur les bases de laquelle notre système juridique est encore construit et celui de bien d’États européens, code civil en particulier (1804), Code de procédure civile (1806), Code de commerce (1807), Code d’instruction criminelle (1808), et Code pénal (1810) source majeure aujourd’hui encore du droit pénal français. Cette part de génie aurait pu être mise en avant. Mais on ne peut peut-être pas trop en demander à l’héritier de ses ennemis farouches qui ont fini par faire plier sa soif d’hégémonie. 

2 Comments

  1. Thanks Marie-Jeanne, for your commentary on this film. Like you, I am ready to forgive some of the historical inaccuracies, which were undoubtedly choices made to capture the emotions and therefore the motivations for actions. Example: while Napolean was not in Paris at the time of Marie-Antoinette’s execution, he did walk through the Tuileries on 17 June 1792 and witnessed the savageries committed there in the wake of the King’s arrest – would that have pulled the same emotional strings? Likewise I can forgive the choice of language and the accents: a worldwide audience was obviously needed to cover the budget of such a film, and what better way to juxtapose the harshness of Napoleon’s thick Corsican accent to a French aristocratic ear than to give Napoleon an American accent across from the high English accent for the French court? And in return, we were offered such a beautiful and amazing cinematic production. I was very happy to have seen it.

Laisser un commentaire